Guillaume Kroll à Varreux : Des bidonvilles au marché du travail

Après des études de gestion à HEC, je prépare actuellement un Master en Développement International aux Etats-Unis.
Particulièrement intéressé par la micro-finance et le développement de micro-entreprise, j’ai contribué, pendant l’année 2012à une étude globale sur les pratiques financières utilisées dans les pays en voie de développement ; trois mois passés au Malawi m’ont permis de me familiariser avec l’économie informelle et les instruments de prêt utilisés dans les milieux urbains défavorisés.

La bourse d’un montant de 10.000$ que j’ai décrochée en 2013 dans le cadre de « Davis Projets for Peace » m’a permis de découvrir Haïti, un pays formidable et une population très attachante. Elle a surtout été une occasion formidable d’enrichir mon expérience en matière d’entreprise sociale, tout en apportant ma modeste pierre à la reconstruction d’Haïti.

Résumé du Projet
En 2013, Haïti a toujours d’énormes difficultés à se remettre du terrible séisme qui ravagea sa capitale, ce 12 janvier 2010 : une économie au bas de l’échelle mondiale, une corruption à son plus haut niveau, la plupart des infrastructures de services sociaux endommagées ou inexistantes. En attendant, 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Dans un tel chaos économique et social, les perspectives d’avenir sont assez sombres pour la jeunesse haïtienne, qui constitue plus de la moitié de la population. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup d’entre eux sont tombés dans la criminalité et la violence en rejoignant un des nombreux gangs qui sévissent dans les rues de Port-Au-Prince
Développé en étroite collaboration avec l’asbl Liège Aide Haiti qui rénove le Centre de Formation professionnelle de Varreux, proche banlieue de Port-Au-Prince, le projet cherche à combler le fossé entre la formation et le marché de l’emploi pour de jeunes ouvriers du bâtiment.
L’idée est donc de doter les jeunes issues des formations financées par Liège Aide Haïti d’ outils pour trouver un travail dans le monde du bâtiment à monter leur propre activité dans ce secteur ; au fil d’une série d’ateliers, ils apprendront à développer l’esprit d’entreprise et la façon d’aborder le marché du travail.
Le but : les aider à devenir financièrement indépendants.

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6/05/2013
De retour d’un bref séjour de 4 jours en Haïti. Premier contact inspirant et décourageant en même temps !
Il est clair que le projet est pertinent vu le contexte local. D’une part les jeunes formés au Centre de Varreux sont presque tous issus des quartiers voisins où pauvreté et criminalité sont endémiques.

D’autre part, parmi les étudiants qui ont obtenu un diplôme l’année dernière de la section de maçonnerie du Centre (plus de 20), pas un seul n’a décroché un CDD et encore moins un CDI.
D’après toutes les personnes que nous avons interrogées – formateurs, propriétaires d’entreprises de construction, représentants d’ONG ou les étudiants eux-mêmes – la situation est désespérée. Ces jeunes doivent faire face à trop de barrières. La plus importante étant leur réputation au sein du reste de la population. Les entrepreneurs locaux sont réticents à les engager parce qu’ils vivent là où le trafic de drogue, d’armes et d’autres activités illégales font partie du quotidien : Cité Soleil, le plus grand bidonville d’Haïti.

Face à cette situation beaucoup de jeunes sont désenchantés. Avec la meilleure volonté du monde et les meilleurs outils, leurs chances de trouver du travail demeurent très faibles.
Développer leur qualité de leader en améliorant en la confiance en soi est la base du succès de notre projet

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June 17, 2013 Au travail !
Durée de la mission : 2 semaines
Pendant la première semaine, j’ai passé la commande pour les kits de maçonnerie que les étudiants recevront au terme de leur formation. J’ai engagé les deux instructeurs rencontré lors de ma première visite. Nous avons travaillé ensemble pour concevoir un programme pour les sessions de formation. Je me suis aussi occupé de questions administratives et logistiques multiples.

Le programme d’études a été divisé dans deux modules de 2 jours. Le premier est intitulé « le micro-esprit-d’entreprise », ou comment mettre sur pied une petite entreprise dans le secteur de construction sur le marché. Dans le deuxième, » le coup d’envoi d’une carrière « , les étudiants ont appris comment écrire une évaluation de compétences, un CV, une lettre d’accompagnement et comment aborder un entretien d’embauche.
Les 46 étudiants ont été divisés en deux groupes, chacun participant aux modules à son tour. Chaque jour de classe commençait à 8h et finissait de 3.30pm – avec la pause déjeuner d’une heure, avec repas gratuit.

Cette première semaine me laisse des impressions très positives. Les étudiants sont intéressés par la matière et prennent activement part au cours. Comme dans n’importe quel groupe, certains sont plus motivés que d’autres et je soupçonne quelques-uns un de venir plus pour le repas gratuit que pour les cours. C’est compréhensible quand on connaît leur situation.
Cependant, pour recevoir le kit de maçonnerie à la fin de la formation, les étudiants sont tenus de venir en classe chaque jour et de participer à toutes les activités liées à la formation.

A la fin de la semaine, répartis en 9 groupes différents, les étudiants soumettent aux instructeurs leur projet personnel de micro-entreprise. Ils ont encore trois jours pour le finaliser et le présenter à l’ensemble des participants. Nous retiendrons un ou deux parmi les meilleurs business plan pour en assurer le suivi au cours des prochains mois afin que ces projets débouchent sur des créations d’emplois.
Trois jours plus tard, les 9 groupes présentent donc leur projet devant la classe. J’ai été immédiatement impressionné par ce que certains des groupes avaient réussi à réunir après seulement 15 heures de formation de classe. Après une longue session de compte rendu avec les deux instructeurs, nous avons finalement choisi ce que nous jugeons être les deux meilleurs business plans.

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Le premier d’eux a concerné un projet de magasin de détail de construction. Il a été vraiment bien réfléchi sérieusement et chaque petit détail avait été pris en compte. Le deuxième projet s’est clairement détaché. Tandis que la plupart des étudiants avaient développé des micro-entreprises vendant des outils de construction ou la fabrication de briques, l’idée de ce groupe était de mettre sur pied un petit centre de formation professionnelle réservée aux jeunes filles socialement et a économiquement défavorisées.
Le jury et moi avons été très impressionnés par le composant social de ce projet particulier. Essentiellement, c’était conforme à la mission de Projets Davis pour la Paix. Les étudiants avaient planifié de transmettre la connaissance et les compétences qu’ils avaient acquises à un groupe minoritaire typiquement exclu d’établissements de formation professionnelle : filles de voisinages désavantagés.

La fin de la semaine de formation a été marquée par une cérémonie de remise des diplômes, pendant laquelle chaque étudiant a reçu un certificat (le témoignage de sa participation aux ateliers) aussi bien qu’une toute nouvelle boîte à outils avec 4 éléments de maçonnerie essentiels : un casque, un marteau, un mètre à ruban et un niveau à bulle. L’atmosphère était très festive et tous les étudiants ont promis d’utiliser ce cadeau au profit de leur carrière future.
Un des deux instructeurs encadrera les groupes d’étudiant choisis, s’assurant qu’ils restent ensemble pour transformer leur business plan en micro-activités performantes, avec le soutien financier de l’association Liège Aide Haiti.

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